Sans nier l’importance de la recherche clinique et médicamenteuse dans le domaine de la santé, l’approche humaine pluridisciplinaire est tout aussi fondamentale. Mais elle est souvent sacrifiée au nom des logiques purement comptables et de rentabilité à court terme qui caractérisent, hélas, la stratégie de notre gouvernement en matière de recherche et d’enseignement supérieur.

En prendre le contre-pied est politiquement indispensable et ne peut avoir que des effets positifs pour l’ensemble de la recherche scientifique.

Dans le domaine de la santé, si chaque nouvelle découverte, si chaque nouvelle molécule prometteuse sont réjouissantes, ces formidables progrès ne peuvent prendre toute leur mesure qu’à la condition d’être adossés à une recherche en sciences humaines qui prenne en compte l’individu dans toute sa dimension, dans sa globalité, sans le limiter à sa seule pathologie.

Et l’on parviendra d’autant mieux à diagnostiquer, soigner la maladie d’Alzheimer, si on se donne les moyens de la dépister précocement, de la prévenir, et de prendre en compte les facteurs sociaux, sociologiques, psychologiques, humains, mentaux relatifs non seulement au patient mais à son environnement. On soigne la maladie, mais le malade n’est-il pas souvent oublié ?!

Les sciences humaines permettront d’observer et d’analyser la vie avec la maladie à la fois du patient et des aidants, y compris dans leurs interactions. Il faut passer d’une approche verticale et segmentée à une approche transversale et personnalisée de ce type de pathologies.

On sait la difficulté à vivre cette maladie cruelle qui conduit à ne plus reconnaître les personnes aimées. On sait la difficulté de prise en charge pour les proches et les aidants qui sont d’ailleurs majoritairement des femmes. Ce qui aggrave encore les inégalités hommes/femmes. Les professionnels médico-sociaux eux-mêmes sont souvent désemparés, parfois démunis pour faire face à cette terrible maladie dont la prise en charge est lourde et complexe. Oui, il y a encore beaucoup à faire qualitativement et quantitativement dans l’accompagnement pluridisciplinaire mais aussi à innover que ce soit : au niveau des centres d’accueils de jour, des offres d’accueil de proximité, des solutions de répit, etc… C’est aussi pour les élus, l’ardente obligation de mieux traiter les aînés compte tenu de l’allongement de la durée de la vie qui est un véritable progrès et un atout. Contrairement à ce que l’on entend parfois.

En ce sens, s’attacher à l’autonomie des personnes âgées est un défi majeur pour notre civilisation.

C’est pourquoi il devient urgent de légiférer sur ce cinquième risque de la « dépendance » afin de promouvoir un financement national solidaire permettant une égalité de traitement.

Face à une technicité déshumanisante qui s’impose dans le soin, la recherche en sciences humaines est précieuse pour faire converger : - optimisation des traitements, - et bien-être tant des malades, des aidants que des équipes médico-sociales.

Il s’agit de « penser le soin » au service de la « bientraitance » et de la dignité humaine, comme l’explique si bien le Professeur Ploton. Vivre longtemps, c’est bien, mais vivre le plus longtemps possible dans le bien être, c’est mieux.

Face à ces enjeux, le département doit pouvoir s’appuyer sur le rôle et l’engagement financier et humain de l’État.

Or comme nous l’avons déjà souligné, l’Agence Régional de Santé se rend coupable de non-assistance à région en danger comme en témoigne le manque d’ambition du plan régional de santé. Celui-ci n’apporte pas les moyens indispensables au rattrapage des intolérables retards sanitaires et sociaux de notre région qui n’en finit pas de collectionner les tristes records en matière d’indicateurs alarmants.

De plus, alors que l’investissement dans la matière grise et le développement des savoirs sont déterminants pour l’avenir de notre société, la recherche et l’enseignement supérieur sont maltraités par l’État (Comme je l’ai déjà dit lors de mon intervention sur l’Institut Pasteur). Outre l’insuffisance des financements, la mise en concurrence des équipes et des laboratoires prime sur la nécessaire coopération.

Face aux effets pervers de la spécialisation et de la parcellisation des savoirs, il est urgent de réintroduire de la globalité et de la complexité dans un esprit de « reliance des connaissances » si cher au philosophe Edgar Morin.

Le groupe CFG votera donc cette délibération, persuadé que la spécificité des sciences humaines contribuera non seulement à l’efficacité des travaux de recherche scientifique sur la maladie d’Alzheimer, mais proposera des réponses neuves et ouvertes aux nombreuses interrogations qu’elle suscite tant auprès des experts que du grand public.