Dans notre département, les collectivités s’efforcent de faire face à leurs obligations en aménageant et en entretenant des aires d’accueil. Celles-ci, très vite occupées totalement, n’empêchent pas les stationnements sauvages.

Je veux vous faire part de mon expérience de Maire et des difficultés que je rencontre, au quotidien, avec ces stationnements désormais dénommés « illicites ».

Dans le respect de la législation, une aire d’accueil a été implantée sur le territoire de la commune. Cela ne s’est pas fait sans heurts, il a fallu convaincre une population parfois hostile à cet accueil. Maintenant, des familles s’y sont installées, je précise que rapidement tous les emplacements ont été occupés, et nous ne rencontrons pas de problème. La structure est respectée, les enfants sont scolarisés, chacun vit en bon terme, en bonne harmonie, l’intégration est réussie.

Cependant, comme le souligne le rapport de la commission consultative, réunie pour évaluer les besoins préalables et l’offre existante, les places sont insuffisantes et cela pour différentes raisons : les ressources de certaines familles qui ne permettent pas d’acquitter le paiement des redevances, dans le même temps une fixation plus longue due à une forte précarité économique ne permettant plus d’assurer les dépenses liées au voyage, les sites retenus trop éloignés des centres villes, des administrations et des hôpitaux, également des problèmes d’ethnie, mais aussi un point non soulevé dans le rapport, mais que je veux ajouter car il est souvent évoqué par les gens du voyage, lors de nos échanges, l’impression d’être enfermés dans un ghetto.

Ce manque de places, notamment dans l’arrondissement de Valenciennes, entraine des stationnements hors aire d’accueil et c’est cela qui est difficile à vivre. La population ne comprend pas que, la loi étant respectée, des quartiers entiers de la ville sont investis par les caravanes. Les plaintes sont nombreuses et c’est alors toute une procédure administrative qu’il faut déclencher : envoyer, en urgence, un courrier à la sous préfecture demandant l’évacuation des caravanes implantées illicitement et qui engendrent des problèmes d’hygiène et de salubrité, y préciser les références cadastrales du terrain occupé, sous peine que l’intervention policière ne se fasse pas parce que l’adresse est inexacte, mais au final rien ne bouge ! Les raisons évoquées de non intervention sont nombreuses : déplacement d’un secrétaire d’Etat, match de football, manifestations sociales et la principale : manque d’effectifs !

Cette principale raison permettant au sous préfet de réaffirmer sa monomanie de la création de police municipale dans toutes les collectivités. Comme si les transferts de charge ne suffisaient pas et que nous devions encore nous substituer à l’Etat en créant une police municipale alors que des centaines de postes ont été supprimés dans la police nationale. Ce même sous préfet, interpellé par mes soins, est allé, dans un courrier, jusqu’à qualifier les élus locaux de « hors la loi » alors que nous nous efforçons de prendre nos responsabilités et de respecter nos habitants qu’ils soient sédentaires ou de passage. Cela est intolérable !

Alors que la loi est respectée, nous devons également financer le coût des occupations illicites : remise en état de l’approvisionnement en eau, en électricité, les factures de consommation, le nettoyage des quartiers après l’évacuation, tout cela sans aucune indemnité, sans aucun financement spécifique, uniquement sur les deniers du budget communal. Je ne m’étendrai pas sur le montant de la facture des barrières à faible hauteur et des enrochements ; matériaux qui dénaturent le paysage, d’ailleurs maintenant la commune ressemble à une ville fortifiée.

En conclusion, même si le département du Nord présente un taux de réalisation d’équipements plus élevé que la moyenne nationale, il est évident que les besoins sont plus importants que les possibilités actuelles d’accueil, c’est pourquoi le groupe adoptera cette délibération. Néanmoins, nous souhaitons que notre assemblée intervienne auprès des services de l’Etat afin que ce dernier prenne réellement toute sa part de responsabilité notamment lorsque les collectivités respectent la loi et qu’ elles sont en droit d’être respectées. Nous demandons que l’Etat renforce les moyens afin que ces collectivités bénéficient prioritairement du concours de la force publique pour l’évacuation des stationnements illicites.