Ainsi, c’est en votre qualité autoproclamée de « bons gestionnaires » que vous maintenez votre décision, pour la deuxième année consécutive, d’infliger la double-peine aux Nordistes : la hausse de fiscalité, décidée l’an dernier, est toujours en vigueur et les politiques départementales sont toujours en diminution. L’équation est simple pour les habitants, il faut payer plus pour moins de services rendus ! Dans votre cas, être « gestionnaire », ce n’est pas défendre la justice sociale, c’est s’inscrire dans une logique de gestion de la pénurie plutôt que dans une volonté réellement transformatrice.

Dans ces conditions, vous pouvez nous qualifier de « révolutionnaires », cela nous convient bien, car notre Groupe ne se satisfait pas de cet état de choses. Nous voulons tout mettre en œuvre afin de porter le fer auprès de l’Etat et refusons que les Nordistes subissent la déclinaison de l’austérité au niveau local. Vous n’entendez pas nous accompagner.

Ne vous en déplaise, la discussion du budget de notre Département est inévitablement liée au contexte national et aux décisions gouvernementales qui déterminent nos marges de manœuvre et nos moyens d’action.

Certes, la période pré-électorale dans laquelle nous nous trouvons incite évidemment à s’attarder sur les programmes des différents candidats. Non pas dans une logique purement partisane ou électoraliste, mais parce que les choix politiques nationaux déterminent le cadre d’intervention du Département, comme des autres collectivités.

Aborder la politique nationale, ce n’est pas s’égarer ou divaguer. C’est s’intéresser pleinement à l’avenir du Département. Vous ne pouvez pas prétendre nous enfermer dans un débat qui ne dépasserait pas les frontières départementales. Ce serait tromper les gens !

Mais je comprends votre embarras. Tout d’abord, il vous faudrait pointer les responsabilités qui sont celles de vos amis politiques.

Pourquoi tous nos débats budgétaires sont-ils focalisés sur le poids des allocations individuelles de solidarité ? Parce que le Gouvernement RAFFARIN a mis en place une décentralisation dans laquelle l’Etat se défausse de ses compétences sur les départements, sans leur donner les moyens suffisants pour assumer leurs missions. Résultat, si l’on cumule tous les déficits de compensations depuis 2004, la dette de l’Etat aux Nordistes équivaut à ce jour à un budget entier de notre Collectivité, près de 3 milliards 500 millions d’euros. Autant d’argent perdu, alors que les besoins humains sont immenses !

Qui a créé le RSA, devenu une de vos préoccupations premières pour équilibrer le budget ? Le Gouvernement de François FILLON. Qui l’a voté ? Sa majorité parlementaire. Et j’ajoute que les gouvernements successifs, par leurs renoncements à mener une véritable politique de relance économique et de retour à l’emploi, portent tous une lourde responsabilité dans l’explosion des dépenses de solidarité.

Non seulement les dépenses de RSA explosent, mais en plus l’Etat ne respecte plus ses engagements et laisse l’ardoise au Département. En seulement 5 ans, c’est un passif d’1 milliard 70 millions d’euros qui est laissé par l’Etat à la charge du Département pour le paiement du RSA. Rendez-vous compte, cela représente la construction de 50 collèges ! En 2017, l’Etat ne devrait compenser que 61 % de la dépense de RSA dans le Nord. 4 allocataires sur 10 sont abandonnés par l’Etat ! C’est d’une injustice sans nom !

Vous brandissez votre politique menée en direction des allocataires du RSA comme une réussite. Il est vrai qu’il y a une diminution du nombre d’allocataires :

- d’une part, avec la recherche des faux allocataires. Mais encore une fois, le contrôle des allocataires n’est pas une nouveauté, cela existait déjà sous le mandat précédent. Je vous parle en connaissance de cause puisque j’étais Président de CTI. Ce qui est nouveau, c’est que les gens dans l’isolement sont totalement abandonnés. Et remettons les choses à leur niveau : nationalement, la fraude à l’ensemble des prestations sociales est évaluée à 375 millions d’euros et évidemment des mesures doivent être prises pour lutter efficacement contre ces fraudeurs, tout comme des mesures doivent être prises contre l’évasion fiscale par exemple qui représente une perte évaluée à 80 milliards d’euros pour le budget de l’Etat.

- d’autre part, la situation de l’emploi connaît un frémissement d’amélioration, surtout grâce à la progression du travail intérimaire, donc précaire. Les chiffres dans le Douaisis donnent une indication de moins 5 % d’allocataires, comme dans la métropole lilloise, les deux secteurs concernés par ces améliorations. Encore une fois, il ne s’agit pas en majorité d’emplois stables. Or, le travail est l’une des valeurs essentielles à l’épanouissement humain et au fonctionnement de la société. Les progrès technologiques, la transition énergétique, les enjeux environnementaux, la transformation des modes de production et les filières d’emplois futures pourraient rendre possibles une politique de plein emploi. La réflexion doit aller plus loin que le débat autour du revenu universel. La question n’est pas de créer des droits pour les pauvres mais des droits universels pour hisser l’ensemble de la société hors de la précarisation. Il faut oser rompre avec le mode de production et de consommation d’aujourd’hui.

Mais continuons à rappeler chacun à ses responsabilités. Qui a fait perdre le dynamisme des recettes départementales et a fait tomber le budget dans une dépendance maladive aux dotations et compensations de l’Etat ? Le Président Nicolas SARKOZY en supprimant la Taxe Professionnelle.

Cette dépendance a ensuite ouvert la voie à la baisse des dotations que les collectivités subissent actuellement, sous prétexte de rétablissement des comptes de l’Etat et par soumission aux diktats de l’Union européenne qui veulent voir disparaitre les collectivités de proximité. Nous condamnons les renoncements des gouvernements socialistes à marquer une rupture avec la logique mortifère de restriction des dépenses publiques. Ce choix brutal et injuste de diminuer de 10 milliards d’euros la DGF s’est fait en contradiction avec les engagements pris en 2012. Cela a conduit à la chute de l’autofinancement et donc de l’investissement public des collectivités. Et le Nord, concrètement, a été privé par l’Etat de 137 millions d’euros de DGF depuis 2013. C’est colossal ! Ce sont autant de crédits qui auraient pu servir à répondre aux besoins des Nordistes.

Et par ailleurs, je comprends d’autant plus votre embarras à débattre de politique nationale, quand on regarde de plus près le programme du candidat de la droite et du centre à la présidentielle. Impossible de ne pas être inquiets pour le devenir du Département. Votre candidat réserve au secteur public et donc aux collectivités un véritable traitement de choc.

Votre famille politique, pour se démarquer, est obligée de verser dans la surenchère sur le nombre de suppressions de postes de fonctionnaires et le niveau de baisse des dépenses publiques. Votre programme national promet ainsi un cocktail de 100 milliards d’euros d’économies sur les comptes publics, 500 000 fonctionnaires en moins, la suppression de l’impôt sur la fortune et la hausse de la TVA. Bref, le gros lot pour ceux qui ont déjà le plus, tant pis pour ceux qui n’ont que les services publics pour tout patrimoine ! La vieille rengaine de la dépense publique prétendument « inutile » conduit pourtant au désastre social, on le constate depuis plus d’une décennie.

C’est très clair, si votre candidat était élu, l’asphyxie financière se renforcerait pour les collectivités. Et si cet étouffement financier ne suffisait pas à faire disparaître les départements, ce serait une réforme institutionnelle qui s’en chargerait avec le retour du conseiller territorial ! Enterré en 2012, peut-être ressuscité en 2017, c’est une constante de la droite que de vouloir supprimer un échelon local, dénaturant l’organisation institutionnelle de la République et malmenant l’égalité des citoyens sur tout le territoire.

Nous nous battons, au contraire, pour des services publics et des champs d’intervention publique locale élargis, véritables boucliers anticrise et vecteurs de solidarité. Et à ce sujet, nous tenons à rappeler que les fonctionnaires territoriaux, loin d’être un poste budgétaire à dégraisser, sont la première ressource des collectivités. Au Département, ce sont des hommes et des femmes qui travaillent avec leurs compétences, leurs savoir-faire, leur expérience, leur intelligence, au service de l’intérêt général. Leurs inquiétudes et leur désarroi restent aujourd’hui profonds face au manque de considération dont ils font l’objet depuis mars 2015.

Dans le débat national, il n’y a pas d’homme providentiel. Mais il existe des programmes et des propositions de rupture avec l’austérité généralisée. Le PCF en est porteur avec « La France en commun ».

Il faut enfin prendre le pouvoir sur la finance et partager les richesses. L’argent dont nous voulons changer l’utilisation pour le mettre aux services des habitants et des collectivités, ce sont les profits des grandes entreprises, les crédits des banques et l’argent public lui-même.

Les politiques gouvernementales de soutien inconditionnel aux entreprises font depuis des années la preuve de leur échec à redresser l’économie du pays. L’erreur manifeste a été de faire croire que la compétitivité des entreprises dépendrait exclusivement du prix du travail, nous disons bien de son « prix » et non de son « coût ». Or, la multiplication des cadeaux fiscaux aux entreprises n’a conduit qu’à la hausse du chômage !

Le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi (CICE), accordé aux entreprises sans aucune obligation d’investissement ou d’embauche, a coûté 60 milliards d’euros au budget national depuis sa création, et 17 milliards d’euros rien que dans le projet de loi de finances pour 2017. Je vous invite à mettre ces chiffres en rapport avec les 55 milliards d’euros que l’Etat doit à tous les départements de France et vous comprendrez quels sont les choix politiques faits par les gouvernements successifs…

Et ces milliards versés au titre du CICE trouvent des poches accueillantes, puisque l’an dernier, les sociétés du CAC 40 ont distribué 56 milliards en dividendes et rachats d’actions, meilleur score depuis 2007 !

En parallèle, le produit de l’impôt sur les sociétés, récolté par l’Etat, est passé de 40,8 milliards à seulement 29,4 milliards d’euros entre 2012 et 2017. Il ne représente plus que 1,3 % du PIB, un niveau parmi les plus faibles en Europe ! Mais cela n’empêche pas le MEDEF de réclamer à corps et à cris des baisses de cotisations patronales, dans l’oreille bienveillante des candidats FILLON et MACRON prêts à saigner les Français pour préserver les intérêts de leurs amis du grand capital.

De ce point de vue, la Présidence HOLLANDE restera éternellement coupable d’avoir renoncé à battre en brèche une finance internationale toute-puissante. Le discours du BOURGET n’aura servi que le temps de la campagne.

Aujourd’hui, l’urgence est telle que la résignation est une faute. Des moyens existent pour agir, je l’ai dit, en allant chercher l’argent là où il est, dans les comptes en banque des évadés fiscaux qui privent notre pays de 80 milliards d’euros chaque année. Les députés communistes, avec pour rapporteur le Nordiste Alain BOCQUET, sont à l’initiative de la proposition de résolution de l’Assemblée nationale visant à instaurer une « COP de la finance mondiale, l’harmonisation et la justice fiscales », qui a été adoptée la semaine dernière à une large majorité, sans les voix des députés Républicains et UDI. Des solutions existent, mais la droite s’y oppose !

C’est par un développement fondé sur : la solidarité, l’investissement, la transition écologique, la réussite éducative, un véritable accompagnement dans l’emploi tout au long de la vie, que nous parviendrons à proposer un chemin d’espoir et d’optimisme aux Français. Il faut une mobilisation générale pour l’emploi, en faveur de l’éducation et de l’accès aux soins pour tous, pour un logement décent et pour le droit à vieillir dignement. L’Exécutif départemental aurait gagné à apporter sa pierre à l’édifice de tous ces combats. Au lieu de quoi, il nous ressert la version 2017 de l’austérité à la sauce locale.

A travers ce budget, votre majorité prend acte d’un manque d’ambition sur le cœur des responsabilités du Département : les solidarités humaines et territoriales. Nous voterons contre ce budget, qui n’est pas à la hauteur des attentes dans notre Département puisqu’il continue de déconstruire des politiques essentielles pour les Nordistes.

Oui, si notre Groupe avait été dans la majorité aujourd’hui, nous aurions porté des choix différents. A plusieurs reprises depuis mars 2015, nous vous avons demandé, au moment des débats sur certains budgets thématiques, de sanctuariser certaines dépenses. Je pense notamment aux collèges, à la perte d’autonomie, à l’enfance, aux aides aux communes et à la vie associative. Il s’agit pour nous du cœur d’intervention du Département, de sa raison d’être.

Vous défendez d’autres choix politiques. C’est une différence idéologique fondamentale entre nos deux groupes.

Convertir les résistances en victoires, cela demande du courage politique et nous n’en manquons pas !

Nous formulons le vœu que les échéances de 2017 permettront une rupture avec le capitalisme financier, qui broie les populations au niveau national comme au niveau local.

Aujourd’hui, les cartes sont rebattues à gauche, des convergences s’affirment. Une voie s’ouvre pour celles et ceux qui veulent se rassembler et redonner espoir en une véritable alternative de progrès et de transformation sociale. Les communistes y sont prêts !