Plutôt d'engager une analyse de fond sur le besoin d'améliorer l'accès aux œuvres de l'esprit à tous, nombreux sont les élus à se saisir du bilan insatisfaisant des politiques culturelles menées au cours des dernières décennies pour les remettre en cause.

Selon l'adage populaire, on a vite fait de jeter le bébé avec l'eau du bain !

Notre groupe reste attaché à lever les freins de l'accès à la culture considérant, pour reprendre les mots du psychiatre Lucien BONNAFE, que « la notion de besoins humains doit être nécessairement centrée sur le besoin de découvrir, d'inventer, d'imaginer, de créer, sur le besoin de débloquer ce qui est contenu en chacun ». C'est ce que l'on définit par « émancipation individuelle », cette émancipation qui nourrit et enrichit la société.

Car la rencontre avec la création et les pratiques artistiques sont de formidables vecteurs d'énergie dont la communauté nationale aurait grand tort de se priver, sauf à se recroqueviller, à se replier sur elle-même.

Puisque j'évoque la question des pratiques artistiques, je veux revenir sur la suppression de la dotation en instruments confiée aux élus départementaux. En renonçant à cette politique, la majorité a mis fin au soutien historique du Département aux sociétés musicales du Nord, à ces centaines d'écoles de musique, harmonies ou fanfares.

Il faut pourtant saluer l'action de ces structures qui participent pleinement à la vitalité de nos territoires, action d'autant plus remarquable qu'elles ne fonctionnent souvent que grâce à l'engagement bénévole de femmes et d'hommes animés par la passion de la musique.

La disparition de la dotation en instruments constitue non seulement une erreur mais aussi une faute. Si le Département connaît une situation financière particulièrement tendue, pour laquelle la responsabilité de l'Etat est directement et lourdement engagée, il est très regrettable que la démocratisation culturelle en pâtisse aussi sévèrement.

L'apprentissage de la musique, la pratique instrumentale, l'organisation de concerts participent en effet à animer nos territoires.

Par l'acquisition et le don d'instruments, notre collectivité contribuait à faire partager la passion pour la musique, pour ce langage universel et fédérateur, cette musique qui fait battre le cœur des hommes, qui fait battre le cœur de la France (toute ressemblance avec des propos tenus dans le cadre d'une élection primaire ne serait ici que pure coïncidence !)

Ceci étant, les orientations budgétaires démontrent le primat d'une conception patrimoniale et muséale de la culture. Si nous nous réjouissons que les musées continuent à bénéficier du soutien départemental, nous sommes en revanche préoccupés par l'avenir du spectacle vivant ou du soutien à la création et aux pratiques artistiques.

Certes, la mise en valeur des richesses culturelles du passé nous importent. Mais il s'agit dans le même temps d'épauler les jeunes talents qui, dans notre département, sont nombreux et n'attendent qu'à s'exprimer, au travers de lieux de rencontres avec le public. Alors que la France peine à se tourner vers l'avenir, que le pays s'enlise dans des postures identitaires et rétrogrades, nous nous honorerions à investir davantage en faveur de notre jeunesse, notamment en investissant sans réserve les champs éducatifs et culturels.

Enfin, en dépit de l'apparente stabilité des crédits affectés à l'intervention culturelle, il est à noter que l'ouverture au public du Musverre ne s'accompagne pas d'abondement budgétaire.

Autrement dit, les 300 000 € prévus pour ce musée seront amputés de l'enveloppe globale dédiée aux acteurs culturels déjà présents sur le territoire.

Si l'ouverture d'un lieu de culture dans l'Avesnois est en soi une bonne nouvelle, il est néanmoins regrettable de constater que les moyens demeurent constants alors que les besoins de financement augmentent.

Cette situation conduira certains équipements à réduire leur voilure, à revoir leur programmation au rabais.

Tout ceci démontre l'absence de souffle et d’ambition évoquée précédemment. D'où notre absence d'enthousiasme !