Ces politiques délibérées répondant à un choix de société ont très largement affaibli les services publics, en réduisant considérablement les lieux d’accueil personnalisé au public. Tout cela réalisé au nom du « Fric d’Abord », de la course à l’économie détruisant les solidarités. Souvent les élus locaux ont assisté impuissants à cette casse organisée.

Durant ces années, nous avons dénoncé ces désastres et avons fait des propositions pour prendre le contrepied de telles orientations. Nous proposions au contraire d’investir dans les services publics de proximité, mettant ainsi de l’huile dans les rouages de la société pour qu’elle fonctionne mieux. Nous appelions inlassablement à l’innovation plus particulièrement dans les zones les plus fragiles, qui ne bénéficient pas toujours de la solidarité nationale. Pour nous, les services publics doivent jouer un rôle déterminant pour assurer l’égalité entre les citoyens et régler les déséquilibres entre les territoires. Ils sont un atout pour maintenir une attractivité dans la ruralité. Or, c’est sur ces services publics que l’Etat porte les coups.

Quel est le but réel de ce schéma ? Aujourd’hui l’Etat, face entre autres à la désertification de territoires entiers, à l’exaspération des élus locaux et des usagers, nous invite non pas à réparer ses erreurs stratégiques en redéployant des services de proximité tant nécessaires, mais il nous invite au contraire à gérer « tant bien que mal » cette pénurie en tentant de rendre le plus accessible possible les services subsistants.

OUI, voilà pour nous, le réel sens de cette proposition du schéma.

3) Afin d’élaborer les actions d’intervention, il nous est proposé un diagnostic. Celui-ci est riche d’enseignements. Il confirme notamment les raisons de l’inquiétude de nos confrères et de la colère des usagers.

Je ne citerais que les 3 principales raisons invoquées :

- Des zones rurales victimes d’un déséquilibre territorial, nous dit-on. Effectivement, elles sont devenues de véritables déserts dépourvus de services. L’éloignement des pôles de services du quotidien dans la ruralité est un désastre pour la population et pour les communes qui se désertifient. Imaginez le drame par exemple pour les 18% de la population valenciennoise qui ne se déplacent jamais et souffrent d’isolement. Ils résident majoritairement dans les villages.

- Les Zones Urbaines sont un peu moins mal loties mais avec le constat que la population fragilisée rencontre beaucoup de difficultés pour bénéficier de l’offre restante. Effectivement lorsque nous prenons connaissance que 22,2% de la population du Nord ne possèdent pas de voitures contre 17% au plan national. Une faible mobilité très souvent renforcée par des problématiques financières.

- Le bassin minier est fortement concerné, est-il écrit. Effectivement, il aurait dû, compte tenu de ses spécificités, connaitre une politique d’exception. Faute de celle-ci, ce territoire doit impérativement être traité aujourd’hui parmi les priorités.

Le grand absent de ce diagnostic, et pour cause ! est la raison essentielle des difficultés d’accessibilité rencontrées par les usagers, à savoir : la disparition pure et simple de nombreux lieux d’accueil. Mais cela est un sujet tabou !

4) Dans le schéma proposé ce jour, vous déclarez vouloir réduire les déséquilibres territoriaux. Nous ne pouvons que partager cet objectif. Mais nous divergeons sur les actions à mener. Vous proposez d’intervenir uniquement sur l’accueil du public dans les services restants. Pour nous, il faudrait simultanément intervenir pour obtenir, de l’Etat et des différents partenaires, la réouverture de nouveaux lieux d’accueil. Nous préconisons deux conceptions différentes : une qui vise à améliorer l’accessibilité des usagers aux services restants en gérant les méfaits des politiques d’austérité d’hier et d’aujourd’hui, et une autre qui vise à rapprocher les services auprès des usagers.

5) Quel est le sens des actions proposées dans ce schéma ? Actionner les leviers de la mutualisation de l’offre existante. Mutualisation : Un concept à la mode ! Pour ce faire, nous sommes invités à privilégier les coopérations et la mutualisation entre acteurs et territoires, mais attention, pas n’importe comment : je cite « Une stratégie qui vise notamment à répondre à un enjeu de maîtrise des dépenses dans un contexte économique de plus en plus contraint » fin de citation. La Messe est dite !

Le cahier des charges ne peut pas être plus clair : Gérez les conséquences de ces politiques de casse mais en réalisant des économies. Un comble ! Au cas où nous n’aurions pas compris, il est dit plus loin : je cite « avec optimisation des coûts de l’action publique dans un contexte budgétaire de + en + contraint ».



Pour la mise en œuvre de l’austérité, l’Etat s’y connaît et n’est pas à son ballon d’essai.

6) Sur la partie concernant le numérique, je ne développerai pas puisque ma collègue l’a fait tout à l’heure.

7) Enfin vous nous proposez, dans ce schéma départemental, un plan détaillé d’actions à venir. Sur ces initiatives pluri-partenariales qui émanent d’un travail collégial, je ne les commenterai pas aujourd’hui compte tenu des réflexions que je viens de développer. Mais pour celles qui dépendent directement du Département, nous nous exprimerons lors de leurs passages en séances plénières ou commissions permanentes et nous nous octroierons, au cas par cas, la possibilité de voter pour ou contre.

En Conclusion : intervenir sur l’accessibilité des services au public, nous y sommes favorables mais pas de la manière proposée dans ce schéma. Ces interventions ne peuvent pas se limiter à rendre accessible l’offre existante ni à l’installation de simple guichet unique.

Surtout que les élus locaux souhaitent fortement leur réimplantation au sein de leurs communes.

Que dire de la colère de la population concernée ? Dans le dernier sondage du Crédoc, nous avons malheureusement confirmation qu’un Français sur 3 estime vivre dans un territoire délaissé par les pouvoirs publics. Alors qu’ils portent encore majoritairement un regard positif sur leur territoire.

Pour une politique de développement des services publics, nous avons encore des atouts. Je ne prendrai que le sondage IFOP d’après lequel la population, contrairement aux idées reçues, souhaite à 84% le maintien et le développement de l’offre des services publics de proximité. De surcroît, 73% disent bien identifier les services auxquels ils ont accès et 69% se disent attachés à ces services, 58% disent les utiliser régulièrement. Enfin, ils déclarent avoir une bonne image des agents territoriaux allant de 60% à 75% suivant que l’institution a des activités plus ou moins proches de leur vécu quotidien.

Nous avons là l’illustration que « Les services publics » sont bien le patrimoine de ceux qui n’en n’ont pas et donc de ceux qui ne paient pas l’ISF.

Monsieur le Président, chers collègues, il est urgent de bâtir une France protectrice et solidaire où l’Etat agit main dans la main avec les collectivités locales au travers d’un plan de relance des services publics.

Dans cette construction, les départements peuvent jouer un rôle primordial compte tenu de leurs spécificités.

Ce n’est malheureusement pas ce qui nous est proposé aujourd’hui avec ce schéma.

C’est pourquoi nous nous abstiendrons.