Trop souvent, elle est malmenée par les tenants d'une logique cyniquement comptable. Il est à déplorer que ce soit le cas au niveau national. La presse s'est l'écho de documents ministériels proposant de nouvelles pistes pour parvenir à l'objectif ultime de « rationalisation et l’efficience de la dépense ».

Sous couvert de mieux investir l'argent public, les auteurs de ces textes appellent à concentrer les financements d'Etat sur un plus faible nombre de structures culturelles.

Cela me rappelle étrangement le précédent de la réforme dite de la géographie prioritaire. Le nombre de quartiers bénéficiant de crédits spécifiques Politique de la Ville avaient été alors sévèrement revu à la baisse passant de 2800 à 1000, au prétexte d'en finir avec le saupoudrage et de porter l'effort là où les besoins étaient les plus criants. Dans les faits, l'enveloppe de la politique de la Ville a fondu comme neige au soleil et le périmètre de la plupart des quartiers a été rétréci. Et je ne parle même pas de la suppression de crédits votés par le Parlement au cœur de l'été dernier...

Alors quand le pouvoir central nous parle de concentration des financements, vous comprendrez notre plus grande réserve.

En outre, le recentrage des financements de l'Etat aurait un impact désastreux sur les salles, scènes, et autres festivals privés de ces subsides. Outre les conséquences dramatiques d'une telle politique tant sur la création que sur l'emploi des artistes et techniciens du spectacle vivant, les territoires péri-urbains et ruraux pourraient se transformer en déserts culturels.

L'administration jupitérienne a néanmoins la parade puisqu'elle met en avant, je cite, « la montée en puissance des collectivités territoriales qui investissent dans l'animation de la vie culturelle locale ». N'est-ce pas là l'annonce d'un nouveau désengagement de l'Etat et d'un transfert de responsabilité aux collectivités ? Nous pouvons légitimement le redouter et appelons donc notre assemblée à la plus grande vigilance.

S'il faut rappeler que le Département affiche sa volonté de réduire les inégalités territoriales, objectif parfaitement louable, notamment dans les secteurs ruraux et autres « zones blanches », nous sommes plus circonspects sur ce que sous-tend la formule « en lien avec les communes et EPCI ».

A une époque où le pouvoir national réaffirme la théorie du ruissellement pour justifier ses cadeaux fiscaux aux plus fortunés, nous serions tentés d'évoquer un ruissellement bien réel, celui de la pénurie. Tout désengagement de l'Etat se traduit par des transferts de charges aux échelons inférieurs jusqu'à aboutir, quasi invariablement, au niveau local. Au bout du bout, ce sont les communes qui se voient obligées de faire face et au final, ce sont nos concitoyens les moins bien lotis qui paient les pots cassés.

Nous appelons donc notre assemblée à ne pas amplifier les difficultés des villes et villages, en leur imposant une austérité départementale. En matière d'intervention culturelle, si l'enveloppe départementale demeure en deçà des besoins des territoires et des publics, nous notons qu'a minima, celui-ci ne connaît pas d'évolution majeure. A titre, nous nous abstiendrons sur ce budget.