Cependant nous ne sommes pas naïfs, et nous appréhendons parfaitement l'intérêt que peut représenter le digital en termes d'économies de fonctionnement. Alors, immédiatement, surviennent des interrogations pour ne pas dire des craintes en écho des agents et des usagers.

Pour les premiers, il est à noter que cette délibération cadre ne fait aucunement mention d'un volet relatif à la formation des agents concernés par l'arrivée de ces nouvelles technologies. Condition pourtant essentielle pour qu’ils puissent s'emparer de toutes les possibilités induites par ces évolutions.

En ce qui concerne les usagers, prenons l'exemple des UTPAS. S'il est important voire essentiel aujourd’hui de faire évoluer les conditions d'accueil, " l'informatisation des missions d'accueil, d'information et d'orientation des UT" ne peut se concevoir que comme un complément à une présence physique, bien réelle des agents.

Pouvez vous sur ce sujet nous donner des assurances sur le maintient à minima des postes actuels pourtant déjà insuffisants dans les UTPAS ?

C’est vrai, le numérique peut, s'il est utilisé à bon escient, être un vecteur de mieux être au travail en déchargeant les agents des tâches d'information de premier niveau ( suivi de l'état de traitement du dossier, délivrance d'attestations de droits...) pour se consacrer aux missions plus pointues, plus techniques et qui ne peuvent être automatisées.

Mais comment ne pas penser ici aux usagers éloignés des outils numériques. L'objectif est bien d'être plus efficaces et faciliter l'accès aux droits pour tous. C'est pourquoi, il faut absolument veiller à ne pas obtenir un résultat inverse! Nous devons éviter d'aggraver la fracture numérique existante, réelle et qui persiste parmi nos populations les plus en difficulté. Pour les personnes qui n'ont pas d'accès à internet à domicile ou qui ne savent pas utiliser un ordinateur, leurs démarches doivent pouvoir toujours s'effectuer sur place, en présentiel. Car l'option plateforme numérique pourrait ainsi devenir un écueil insurmontable pour ces populations et une source supplémentaire d'exclusion par le renoncement à faire valoir ses droits. Ce n'est pas du tout, nous en sommes persuadés, ce vers quoi cette assemblée souhaite aller.

D'ailleurs, dans la délibération sur le schéma départemental d'amélioration de l'accessibilité des services au public (SDAASP), ce problème est évoqué. "Le baromètre numérique 2016, 40% des français sont inquiets à l'idée d'effectuer leurs démarches en ligne. Par ailleurs, les chiffres plus récents du même baromètre 2017, les oubliés du numérique restent nombreux 15% de la population n’a toujours pas d’accès à internet ! Dont les rangs sont sans doute grossis par les 11,5% de personnes souffrant d’illettrisme (on parle alors d’illectronisme). D’où l’importance de soutenir les actions de lutte contre l’illettrisme ! Un tiers de la population n’a jamais effectué de démarche administrative en ligne. 34% des personnes non connectées appartiennent aux populations à faibles ou très faibles revenus. Et près d'un tiers souhaitent être accompagnés dans leurs démarches en ligne. Faire comme si tout le monde était plongé dans l’univers numérique, notamment par les références systématiques des médias aux réseaux sociaux, constitue une violence quotidienne pour ceux qui ne les maitrisent pas ou n’y ont pas accès. La question de l’égalité devant les services publics se pose de plus en plus. Alors, que prévoit-on au sein de notre collectivité pour leur accompagnement?

Nous attirons également l'attention de cette assemblée sur les effets pervers des plateformes numériques : il faut de véritables garanties pour s'assurer que les usagers obtiennent réellement une réponse. Il ne faut surtout pas se retrouver dans la même situation que l'adresse mail "intervention MDPH" qui met parfois plusieurs semaines à envoyer un simple accusé réception. J’ose à peine évoquer les bugs informatiques liés à l'obtention de la carte grise ou du permis, ou de la difficulté à obtenir un interlocuteur physique aux finances ou à la CPAM!

Alors en associant les agents départementaux, les mieux placés pour détecter les difficultés liées à ces nouvelles modalités, notre groupe souhaite que des points d'étape précis soient régulièrement réalisés. Bref, il faudra mettre en place de nombreux gardes fous dans ce dossier afin que le développement numérique de notre collectivité se fasse dans un seul objectif : améliorer les services auxquels peuvent prétendre et dont ont besoin les nordistes, tous les nordistes !

C’est pour toutes ces raisons que notre groupe s’abstiendra sur cette délibération cadre, tout en se laissant la possibilité de soutenir des déclinaisons qui iraient dans le bon sens.

Merci de votre attention.