Depuis quelques années, on assiste donc à un élargissement du cercle de ces jeunes concernés par les difficultés d’accès au logement. La crise dans ce domaine touche ceux d’entre eux insères socialement et économiquement tout comme les étudiants mais elle affecte davantage celles et ceux qui sont les plus fragiles : celles et ceux qui ont connu l’échec scolaire et les difficultés d’insertion professionnelle, les ruptures familiales ou encore la discrimination liée par exemple à leur origine, et qui ne disposent pas de réseaux de solidarité? ou d’appuis familiaux suffisants.

Les effets sociaux de cette difficulté? d’accès au logement autonome constituent un frein majeur à l’entrée des jeunes dans la vie « adulte » et bloquent la plupart de leurs projets (acquérir une formation, obtenir un emploi, envisager une progression de carrière, avoir une vie affective selon son choix...).

Ces enjeux ont été en partie mis en lumière lors de la dernière Commission « lutte contre les exclusions / enfance – famille – jeunesse » à l’occasion de laquelle l’INSEE est venue nous présenter une étude particulièrement intéressante. Portant sur le passage de l’adolescence à la vie adulte dans notre Département, elle illustre, par de nombreuses données statistiques, les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes dans leur parcours vers l’âge adulte.

Le logement en est clairement une. Pour les étudiants, il représente 50% du budget total. Beaucoup des 20-24 ans n'ont que les foyers pour passer la nuit. Par conséquent, seules les familles aisées peuvent garantir à leurs enfants de rejoindre la formation de leur choix, quelque soit l’université où elle est dispensée. Pour les autres, le choix de poursuite d’étude se cantonnera aux formations disponibles sur place, de fait les orientant par défaut. Ou alors, ces jeunes devront avoir recours au salariat étudiant, dont on sait qu’il est la première cause d’échec dans les études supérieures.

Ces difficultés sont identiques à d'autres moments dans la construction de sa vie d'adulte (décohabitation, ou volonté de fonder une famille...). Toutes ces étapes de la vie se heurtent aux conséquences de choix politiques nationaux qui, depuis des décennies, ont privilégié la rente foncière et immobilière au profit des propriétaires plutôt que de bâtir un service public national du logement accessible à tous.

Les jeunes sont, de plus, poussés à des arbitrages subis : la rareté de logements et leurs prix les poussent à accepter de s’établir à distance des villes et des zone d’emploi ou à rogner sur la surface habitable. Cela concerne 30% d’entre eux au plan national.

Les jeunes ménages en difficulté, par manque de moyens et de soutien familial, sont encore plus touchés par cette situation. Pour eux, l’association « précarité et logement cher » pèse lourdement, les contraignant à des parcours d’accès au logement particulièrement périlleux.

Il s’agit là d’une réalité malheureusement tangible : sur mon canton, la Ferme du Major porte deux chantiers d’insertion dédiés aux jeunes de 16 à 25 ans du Valenciennois. Intervenant dans le maraichage bio et le façonnage, l’association permet à ses salariés de développer de réelles compétences professionnelles. Les formations leur donnent l’opportunité de renforcer leurs apprentissages. Pourtant, en échangeant avec les encadrants, ceux-ci m’ont fait part de leurs immenses difficultés pour aider leurs jeunes salariés à trouver une solution de logement stable, qui pérennise leur insertion dans l’emploi. Nombreuses sont les situations d’errance du logement d’un copain à un autre, en passant par les foyers ou parfois des périodes à la rue.

Face à ces constats, notre collectivité a clairement pris la mesure de ce défi du logement des jeunes, en soutenant des associations proposant des actions innovantes en la matière. Mais également avec la réflexion menée actuellement par C. Beauchamp Vice-Président au Logement, en vue de l’élaboration d’un Plan Départemental de l’Habitat (PDH). Notre territoire doit se doter de cet outil pour concourir avec d’autres à améliorer l’offre de logement pour tous, et tout particulièrement pour les jeunes.

Aussi, les mesures qu’il nous est proposé de soutenir au travers de cette délibération sont particulièrement adaptées aux difficultés que nous rencontrons sur nos territoires. Mettant l’accent sur l’accompagnement, elle vise à « sécuriser » les situations des jeunes les plus fragilisés. Créant une dynamique au niveau local, elles donnent une part particulière aux associations qui portent des actions innovantes et opérationnelles.

Il s’agit là d’une politique volontariste de notre Département – peut-être anticipatrice – dans l’attente d’orientations nationales et dont les mises en œuvre concrètes sont extrêmement attendues.

Cette délibération est également révélatrice, à mon sens, du caractère particulier de notre politique jeunesse qui, de par son objet même, touche de nombreux domaines de compétences de notre collectivité. Cette transversalité de nos politiques jeunesse est une chance pour nous : elle nous pousse en effet à penser et agir collectivement pour apporter des réponses qui prennent en compte l’ensemble des besoins de nos jeunes. C’est dans ce sens, Monsieur le Président, que les propositions qui seront faites à notre assemblée en début d’année prochaine seront élaborées, sous l’autorité du Vice-président Fabien Thiémé et avec l’engagement des Vice-présidents et Conseillers Généraux délégués concernés.

C'est en ces termes M. Le Président, Chers collègues, qu'au nom de mon groupe je vous confirme notre soutien en faveur de cette délibération.