A ce propos, en ce qui concerne le sujet particulier de l’Abbaye de Vaucelles, nous ne sommes pas opposés à son acquisition, mais cela doit intervenir dans le cadre d’un projet arrêté, avec la connaissance de l’implication financière de chaque partenaire pour assumer ses coûts de fonctionnement.

Aussi, même si le Département bénéficie d'une offre culturelle diversifiée, le paysage culturel départemental ne se limite pas aux grands équipements et passe essentiellement par la présence nombreuses d'associations et de bénévoles qui assurent un maillage culturel dont nous pouvons nous féliciter, ce que vous ne manquez pas de faire. Ces structures petites ou grandes sont en attente de soutien notamment financier par le biais des subventions départementales. A titre d’exemple, je ne citerai que l’Espace Marx, qui propose des actions culturelles et d’éducation populaire en faveur de l’accès de tous aux savoirs et encourage le débat citoyen.

Vous définissez 3 axes forts de la politique culturelle départementale. D'abord, vous vous engagez à réduire les inégalités territoriales, c'est une bonne chose, mais nous souhaitons attirer l'attention de l'assemblée sur le fait que, si l'action en faveur des territoires ruraux est louable et nécessaire, la problématique est davantage d'amener la culture aux habitants que les habitants à la culture.

Qu’on ne s’y trompe pas, l'éloignement culturel ne se limite pas à une problématique de transports. Car nous risquerions d'oublier des pans entiers de notre territoire et bon nombre de nos concitoyens y compris en milieu urbain.

En effet, l'éloignement est davantage lié à la sensibilisation, à l'envie, qu'à la pure géographie.

Ne nous cachons pas que même voisins, nombreux sont ceux qui ne poussent pas la porte d'un musée ou d'une médiathèque. Et c'est en allant vers eux que seront surmontées les appréhensions et les difficultés.

Par ailleurs, l'idée que l'action publique soit coordonnée n'est pas en soit contestable.

Les EPCI et surtout les communes ont la connaissance fine des populations et de leurs besoins en matière culturelle. Ils seront des partenaires incontestables, mais si on évoque la cohérence de notre politique culturelle, nous devrons prêter attention aux différences d'approches du sujet. Les offres et la répartition de cette offre dépendent des politiques mises en œuvre et des axes de travail retenus sur chaque territoire : grands équipements ou culture au plus près de l'habitant ? Et ces politiques sont très différentes d'un territoire à l'autre. Notre approche devra donc être adaptée.

Les territoires sont différents et les publics visés également. Vous définissez les "public prioritaires", s'agit-il des publics dont nous avons la responsabilité dans le cadre des solidarités humaines ou prioritaires parce qu'ils sont particulièrement éloignés de la culture ? La réponse n'est pas manichéenne.

Vous évoquez les actions de médiation : pouvez-vous préciser ce que vous entendez par là ?

Prenons l'exemple de la médiation numérique : même si elle peut être un outil formidable de sensibilisation, elle ne peut être LA solution. Rien ne remplace la visite d'un musée, la rencontre avec l'œuvre ou l’artiste, l'écoute en direct d'un concert ou d'un spectacle ! La culture, c'est l'émotion.

Le cas des collégiens est édifiant car les activités pédagogiques, qui ont connu une baisse drastique de 50% des moyens, étaient un des moyens retenu par les équipes éducatives pour développer l'accès à la culture, qui nécessite souvent des moyens que n'ont plus les collèges aujourd'hui. Alors pourquoi ne pas envisager une dotation exclusivement réservée à l'accès à la culture des collégiens ?

Et en terme d'investissement, les enveloppes Projets Territoriaux Structurants et Villages et Bourgs ne sont pas extensibles et il est à redouter qu'en dépit d'une bonne intention du Département, le choix des communes déjà exsangues ne se tourne pas immédiatement vers des investissements à vocation culturelle.

Alors, cette délibération n'a pour objectif que de donner les orientations, elles mériteraient cependant davantage de précisions !

C'est pour toutes ces raisons que notre groupe, attaché à la culture pour tous, votera contre cette délibération et restera attentif dans l'application de cette politique culturelle qui manque de volontarisme financier pour répondre aux vastes besoins culturels des Nordistes.