Ce projet si crucial pour l’emploi, pour le développement économique et le développement durable, doit donc voir le jour au plus vite et je ne doute pas de votre implication sur ce dossier.

Le Nord a de nombreux atouts, à commencer par sa jeunesse sans oublier ses universités, ses centres hospitaliers, le monde de la recherche, de l’innovation et combien d’autres encore. Toutefois, il n’en demeure pas moins que de nombreux indicateurs socio-économiques sont au rouge et ont connu, ces dix dernières années, des aggravations importantes du fait de mesures nationales porteuses d’inégalités. Je pense à l’emploi, au logement, à la santé, à la réussite scolaire …

Prenons l’exemple de la jeunesse. Le Nord, je le disais, est le Département le plus jeune de France avec 600 000 jeunes de 11 à 25 ans.

Cependant, une partie de cette jeunesse souffre. Un chiffre illustre clairement cela : 25 % des jeunes nordistes vivent en dessous du seuil de pauvreté. En témoignent également les chiffres du chômage et de la précarité, de loin supérieurs à la moyenne nationale.

Ce constat quant à la situation de la jeunesse a conduit, depuis plusieurs années, le Conseil Général du Nord à mener une politique volontariste, en lien avec ses divers partenaires, en direction des jeunes.

Cette politique, portée par un budget de 36,5 millions d’euros, ne peut cependant, à elle seule, régler des problèmes relevant de la compétence de l’Etat.

Les attentes sont d’ailleurs aujourd’hui très fortes concernant la Conférence Interministérielle sur la jeunesse qui se tiendra à la mi-février, beaucoup d’acteurs espérant que celle-ci débouche sur des annonces concrètes et ambitieuses en direction de ce que certains ont qualifié de « génération sacrifiée ».

La situation de la protection de l’enfance est également inquiétante et prend une ampleur toute particulière dans le Nord, avec près de 20 000 mineurs confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance.

Comme vous le savez, la loi de mars 2007 réformant la protection de l’enfance a transféré l’entière compétence de la protection sociale et de l’aide sociale à l’enfance aux Départements.

Cette extension de compétences a généré un coût financier conséquent pour les Départements, coût qui devait initialement être compensé par un Fonds National de financement de la protection de l’enfance.

Or, le Fonds National de Financement de la Protection de l’Enfance n’a attribué en 2012 qu’un financement de 692 000 euros au Département du Nord alors que ce dernier consacre plus de 400 millions d’euros à la protection de l’enfance.

Ce financement, vous en conviendrez, est bien éloigné des besoins. Il se traduit notamment par une difficulté à mettre en œuvre la réforme de la Protection de l’Enfance dans toutes ses dimensions, avec en première ligne les enfants concernés mais également les travailleurs sociaux dont l’exercice des missions se trouve fortement dégradé.

Ceci est d’autant plus vrai encore que cette insuffisance de financements s’est inscrite dans un contexte global de transferts de compétences non intégralement compensés. La dette de l’Etat à l’encontre du Département du Nord du fait des compétences transférées insuffisamment compensées ou non compensées est en effet estimée à 2,4 milliards d’euros depuis 2004.

Ce sujet est d’ailleurs l’occasion de rappeler que l’Etat, quelle que soit la majorité en place, se doit de donner aux collectivités des moyens financiers suffisants, en particulier concernant les trois principales allocations de solidarité que sont le Revenu de Solidarité Active, l’Allocation Personnalisée d’Autonomie et la Prestation de Compensation du Handicap, sans oublier le financement du Service Départemental d’Incendie et de Secours.

Si le Nord a beaucoup contribué à l’essor de notre nation, il convient aujourd’hui, en retour, d’entendre la situation socio-économique particulière à laquelle il est confronté. Cela passe, à mon sens, par des moyens supplémentaires et un traitement positivement inégalitaire en direction du Nord. Il s’agit là d’une question de justice et de dignité.

Dans l’attente de vous lire et vous souhaitant bonne réception de la présente,

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l’assurance de ma haute considération.

Fabien THIÉMÉ Maire de Marly Vice-Président du Conseil Général