Derrière l’abstrait des chiffres, ce sont, grâce aux chantiers d’insertion et aux actions en direction des jeunes que nous soutenons, des hommes et des femmes qui, après une rupture personnelle ou professionnelle, reprennent confiance en leurs compétences, trouvent des solutions concrètes à leurs difficultés et redémarrent leur parcours de vie.

Certes, nous pouvons regretter que les secteurs d’activité dans lesquels évoluent ces salariés soient parfois restreints : les secteurs du bâtiment et des espaces verts sont en effet majoritaires dans les supports professionnels. De plus, l’évaluation des dispositifs d’insertion qui a été récemment conduite par le cabinet ASDO a montré que subsiste une inégalité territoriale des offres en chantier d’insertion. On peut enfin déplorer que la longueur des parcours des salariés ne leur permette pas toujours de rebondir rapidement et qu’il reste encore difficile accéder à l’emploi durable suite à un contrat en chantier d’insertion.

Ces réserves ne doivent pourtant pas nous faire oublier que le Département accompagne des publics souvent en très grande difficulté et qui, sans cet accompagnement, se retrouverait sans solutions. Ces publics sont, par ailleurs, majoritairement satisfaits – à plus de 70% - de leur passage en chantier d’insertion. Nous devons néanmoins travailler à rendre l’offre départementale plus juste et plus efficace mais, en la matière, le Vice-président Roger Vicot et les services de la Direction « lutte contre les exclusions », sont déjà à pied d’œuvre.

Le nouveau Programme Départemental d’Insertion, qui doit être abouti pour la fin de l’année, sera particulièrement crucial pour les structures d’insertion par l’activité économique, pour lesquelles les incertitudes des années à venir sont nombreuses.

Ainsi, sur le Valenciennois, où les chantiers d’insertion sont financés par les Contrats de Cohésion Sociale au titre de la politique de la ville, la réforme de celle-ci est regardée avec inquiétude. L’exclusion de villes, de quartiers entiers de la géographie prioritaire, aurait de lourdes conséquences sur les moyens dont les associations et les communes disposent pour porter des actions en faveur de l’emploi.

Les évolutions à venir des fonds structurels européens sont aussi à suivre avec prudence et attention. La Commission Européenne porte en effet une réforme profonde des fonds européens en général, et du FSE en particulier qui sera soumise à l’accord du Conseil et du Parlement au début de cette année 2013. Celle-ci aura des conséquences directes pour les structures qui en bénéficient, dont notre collectivité.

Cette réforme risque tout d’abord d’alourdir les règles de gestion du FSE, qui n’ont d’ailleurs jamais été simples. Ainsi, la Commission Européenne ne paierait le FSE que sur des aides publiques déjà versées. Cela entrainerait donc des délais plus longs, que seules des structures importantes, bénéficiant d’une solide assise financière, pourraient supporter. Nous pouvons être confiants pour notre collectivité mais quelles seront les conséquences pour nombre des partenaires du Département, notamment associatifs, qui bénéficient également du FSE ?

Par ailleurs, nous n’ignorons pas la difficulté des discussions en cours sur la programmation pluriannuelle 2014 – 2020, marquées par les dissensions entre les pays ainsi qu’entre le Parlement et le Conseil européen. Dans ces négociations, il est probable que les politiques sociales voient leurs moyens diminuer et certains parlementaires européens s’inquiètent que le FSE, en particulier, n’en souffre des conséquences.

Enfin, il est insupportable d’admettre que les actions qui émargeront au FSE devront rentrer en cohérence avec la stratégie Europe 2020. Car c’est au nom de cet objectif que la France est assignée par l’Europe au respect de la limitation des déficits publics, à l’assouplissement du marché du travail, à la recherche de compétitivité. En clair, en raison de ces invocations, inspirées par le plus pur libéralisme, notre pays doit se soumettre à l’austérité, à la casse de notre protection sociale et à la précarité professionnelle généralisée. Les élus communistes, des élus de gauche également, des citoyens de plus en plus nombreux doutent que de tels remèdes amènent effectivement une croissance dont les fruits seraient partagés par tous. Au contraire, nous ne voyons déjà que trop les ravages d’une telle politique qui, in fine, fait passer le marché avant l’intérêt collectif en y jetant des pans entiers de nos existences : éducation, santé, retraite pour ne citer que quelques-uns.

Les interrogations qui pèsent sur le FSE sont malheureusement symptomatiques d’une construction européenne qui perd le sens de son histoire. Initialement portée par l’idéal de paix, de compréhension mutuelle des peuples, elle s’est fourvoyée dans une construction uniquement tournée vers l’établissement d’un marché commun. En vue de garantir l’hégémonie des puissances de l’argent, elle s’enfonce irrémédiablement dans une logique d’austérité, Prise dans les conflits d’intérêt contradictoires et les égoïsmes nationaux, elle oublie le sens de l’intérêt commun et sacrifie le sort des plus faibles. N’oublions pas le destin qu’a failli connaître le programme d’aide aux plus démunis, dont bénéficient le Secours populaire, la Banque alimentaire, les Restos du Cœur ou encore la Croix Rouge, qui a été heureusement sauvé par la mobilisation des élus et des citoyens.

Le groupe Communiste Front de Gauche affirme, au contraire, l’urgence d’une Europe affranchie des traités austéritaires, qui veille à préserver des services publics de qualité et à construire des politiques sociales justes. Une Europe qui se soucie réellement des pays les plus en difficulté et qui, au travers de ses interventions dont les fonds structurels, promeut un développement partagé par tous. C’est avec cet espoir que nous voterons en faveur de la délibération qui nous est soumise aujourd’hui.